Dernier acte… © 2006. par Michel A. Di Iorio

J’entre sans faire de bruit pour ne pas l’arracher
au repos laborieux, difficilement gagné.
Il n’entre-ouvre pas l‘œil, bien qu’il sache que j’y suis;
quoiqu’il semble dormir, il demeure éveillé.

Je m’approche de sa couche et j’observe le visage
du guerrier fatigué, qui ne demande qu’à dormir.
Je dénombre ses rides comme des grandes cicatrices;
les décombres d’un combat qui le fait tant souffrir!

Je caresse les vestiges d’une chevelure orgueilleuse,
disparue au profit d’un traitement malicieux.
Il ne réagit pas, préférant ne rien dire;
tolérant mon toucher tendre et affectueux.

Je chuchote tout bas, pour ne pas l’effrayer,
et je demande s’il va mieux, pressentant le contraire.
L’émotion me bâillonne comme une boule dans la gorge;
refoulant, comme une vague, toutes mes larmes d’hier.

Je lui tiens une main frêle, autrefois bien solide,
arborant meurtrissures et douleurs inaudibles,
et je revis toutes les fois où je me suis réveillé
d’un faux pas, pour le voir assis là, invincible !

Je l’embrasse sur le front pour lui dire que je l’aime,
espérant qu’il comprenne que je n’ai pas oublié.
Il demeure immobile, ne sachant que répondre;
quant à moi, je me rhabille, car je dois m’en aller.

Je lui laisse un moment seul à seules avec celles
qui partagent ses hiers et qui vivent son déclin.
Je me dirige vers ma propre solitude comme un grand,
et je pleure les souffrances de mon père, en gamin !

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Dernier acte… © 2006, par Michel A. Di Iorio

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