Chu allé t’voir… © 2007, par Michel A. Di Iorio


Salut, mon petit,

La grève (lockout) perdure, et les corps s’accumulent dans les voûtes de camions réfrigérés – comme s’il ne s’agissait que de carcasses de viande. Les familles éprouvées s’unissent afin de poursuivre les coupables d’une telle insulte.

Je suis allé te voir, et l’état lamentable du cimetière m’a fait brailler de honte et de peine. Je venais de sortir de l’hôpital et quoiqu’il me manquait des forces, je me suis mis à arracher cette herbe envahissante de mes propres mains comme un déchaîné; ta présence auprès de moi m’a fait éviter un drame, car l‘ange… c’était toi!

Voici donc comment je l’ai vécu :


Chu allé t’voir… 


‘Chu allé t’voir mon fils, because…

Ton lit s’trouvait sous deux pieds d’herbe
qui recouvrait ton doux repos;
de mes deux mains, d’humeur acerbe,
j’ai supprimé tout ce grand chaos.

En révolté, j’ai arraché
les brindilles d’herbe envahissantes;
à chaudes larmes, j’ai du laver
ta pierre tombale réconfortante.

‘Chu allé t’voir mon fils, because…

Ça pas d’allure de constater
la négligence d’une société,
ni celle d’la maudite sainteté
chargée de bien s’en occuper.

J’ai vite franchi la grande barrière,
mais personne n’osait plus bouger;
les employés du cimetière
avaient un ange à leurs côtés.

‘Chu reparti mon fils, because…

‘Chu retourné c’t-après-midi
pour continuer à désherber;
cette fois, les p’tites sont venues aussi
avec Pappy, juste pour m’aider.

Avant d’quitter, elles ont touché
ton nom, comme moi, d’leurs petits doigts;
elles voulaient juste te saluer,
par un p’tit geste d’amour pour toi.

‘Chu allé t’voir mon fils, because…

Enfin, il n’y avait plus personne
pour embêter les éprouvés;
comme si les anges, vêtus d’colonnes,
les avaient tous redéployés…

‘Chu allé t’voir mon fils, because… tu me manques !

˜
Chu allé t’voir… © 2007, par Michel A. Di Iorio

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